Dans les collines et les forêts qui longent les 1 200 kilomètres de frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, plus d’un million de réfugiés mènent une vie marquée par le déplacement. Pourtant, dans ces vies, il y a quelque chose de plus durable que le désespoir : la persévérance.
Alors que la Communion mondiale d’Églises réformées se prépare à se réunir pour son Conseil général à Chiang Mai en octobre prochain sur le thème « Persévérez dans votre témoignage », cette histoire de survie, de service et de foi mérite toute notre attention. Elle est présentée dans Stories of Perseverance, une ressource de la CMER qui donne la parole à des communautés marginalisées à l’échelle mondiale.
Racontée par le révérend Chun-jung Huh, missionnaire coréen de l’Église du Christ en Thaïlande, cette histoire dresse un portrait saisissant des souffrances à long terme et de la résilience continue le long de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Ces personnes ont fui la violence militaire, la persécution ethnique et la guerre civile au Myanmar, pour beaucoup d’entre elles depuis les années 1960, et les déplacements ont fortement augmenté après le coup d’État militaire de 2021. On estime à 100 000 le nombre de nouveaux réfugiés arrivés rien qu’en 2022.
Ce qui frappe le plus, ce n’est pas seulement l’ampleur de la crise, mais le manque de reconnaissance. La plupart des réfugiés ici vivent sans statut juridique : apatrides, sans papiers, invisibles. Sans la protection d’aucun des deux gouvernements, ils se voient refuser le droit à la terre, à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé. Ils sont vulnérables à l’exploitation, à la maladie et à la violence, sans aucune structure officielle pour les protéger ou les soutenir.
Et pourtant, de ce paysage de désolation émerge la voix de Say Day Paw, une mère et infirmière de 45 ans dont l’histoire personnelle est tout simplement extraordinaire.
Son mari a été tué par une mine il y a dix ans, alors qu’il était contraint de transporter du matériel militaire pour les soldats birmans à travers la jungle. À l’époque, elle était enceinte. Se retrouvant seule pour élever deux enfants, Say Day Paw a non seulement survécu, mais elle a choisi de se mettre au service des autres. Elle a suivi une formation auprès d’ONG médicales internationales et d’institutions de santé affiliées à l’Union nationale karen, avant d’obtenir un diplôme de médecin délivré par le ministère karen de la Santé et du Bien-être social.
Aujourd’hui, elle travaille dans un petit hôpital du village de Ta Kwee Htoo, qui fait partie d’une zone de réinstallation pour les réfugiés karens. Avec le soutien du Korea-Mesot Cooperation Center, une organisation chrétienne coréenne de développement, elle et une équipe de sept personnes traitent chaque jour entre 10 et 20 patients, soit jusqu’à 500 par mois. La clinique offre des soins médicaux gratuits à ceux qui n’y auraient autrement pas accès.
Mais leur travail ne se limite pas au traitement des maladies. Say Day Paw et ses collègues se rendent dans les villages voisins, les écoles, les églises et les temples bouddhistes pour dispenser une éducation à la santé publique, prévenir les maladies et former à la sécurité dans les zones minées. Leur action touche la vie de plus de 5 000 personnes. L’hôpital, qui n’était autrefois qu’un rêve, est devenu un centre de guérison, d’éducation et d’espoir.
Pendant la pandémie de COVID-19, leur travail est devenu encore plus essentiel. L’équipe a distribué des masques, aidé à mettre en place des mesures de quarantaine et fourni une aide d’urgence aux familles en difficulté économique.
« Les gens voient l’hôpital comme leur espoir », explique Say Day Paw. Et en effet, c’est plus qu’un simple établissement médical : c’est un témoignage concret de ce qu’est la persévérance. C’est un témoignage né de la compassion, d’une foi qui refuse de s’éteindre.
Alors que la CMER se prépare à se réunir à Chiang Mai, à quelques heures seulement de communautés comme Ta Kwee Htoo, cette histoire est à la fois un défi et une source d’inspiration. « Persévérer dans votre témoignage » n’est pas seulement un thème théologique, c’est une réalité vécue par des personnes comme Say Day Paw et les milliers de personnes qu’elle sert.
Histoires de persévérance est une ressource qui nous rappelle notre vocation commune : se tenir aux côtés des apatrides, parler au nom des sans-voix et agir avec ceux qui portent l’espoir, même en exil.
(Traduction fournie par DeepL)